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Rapport de pays Tunesie

L'exploitation des richesses minières et de l'extraction du phosphate sur le territoire tunisien particulièrement est apparue après l'instauration de l'occupation française directe à la fin du XIXe siècle, en 1881 et ce dans la région du Sud-ouest de notre pays, dans la ville de Gafsa, dans la région communément appelée le Bassin minier et qui est constituée des villes de Metlaoui, Redeyef, Moulares et Mdhila.

Et dès les débuts, sont apparus les drames sociaux engendrés par le pouvoir de l'occupation directe dans le fait d'arracher les agriculteurs et les bergers tunisiens à leurs terres et de les mobiliser dans les mines et les exploiter en leur faisant subir un traitement inhumain ainsi que le recours à des ouvriers de différentes nationalités venants d'Algérie, de Lybie, du Soudan et qui ont été exilés et déplacés par les français après l'échec de la Commune de Paris mais qui ont eu le mérite dans la naissance de la conscience syndicale.

Depuis son occupation, le colonisateur n'a eu de cesse de penser qu'au profit et au pillage, à moindre coût, des richesses de notre peuple pour ses propres intérêts, et à la destruction complète de l'infrastructure économique, sociale et environnementale de la région du Bassin minier vu qu'il a obligé les populations à se diriger vers les montagnes afin d'en extraire le phosphate et à rompre avec leur environnement social originel et cette exploitation était bien plus proche de l'esclavagisme vu que le début du travail était le lever du soleil et son arrêt son coucher.
D'un autre côté, l'occupant français a eu recours à la discrimination raciale et régionale dans l'administration des opérations d'extraction et d'exploitation du phosphate vu qu'il a accordé aux français expatriés et aux autres nationalités européennes tous les moyens de confort et de bien-être au travail alors que les ouvriers d'origine arabe ne représentaient qu'une simple force ouvrière à salaire bas et avec des conditions très dures.

L'histoire du militantisme ouvrier dans les mines fait partie de l'histoire des combats de notre peuple pour arracher ses droits et fait partie de la lutte nationale pour la libération et l'affranchissement social. Dans ce cadre, le Bassin minier a connu une vague de protestations ouvrières qui a été contrée par la machine de la colonisation brutale dans une répression sévère et les événements du 4 mars 1937 sont le témoin de la tyrannie et de la brutalité du colon avec des dizaines de morts et de blessés qui sont tombés dans les villes de Metlaoui et de Mdhila et la détention d'un grand nombre de militants syndicaux dans les prisons et les exils suite à leur lutte ouvrière et leur revendications telles que :
- la réduction des heures de travail quotidiennes.
- La reconnaissance d'un congé annuel payé.
-Le droit de déclarer les accidents de travail et les maladies professionnelles.

Et avec la conscience de classe croissante chez les ouvriers et l'accélération de la marche de la lutte, les bras ouvriers se sont forgés et fondus dans la lutte armée contre la colonisation française et pour réclamer l'indépendance. Le mouvement national et syndical a accompagné légions de martyrs dont, sans doutes, le plus célèbre demeure le leader syndical national Farhat Hached qui a été lâchement assassiné par la main traitresse le 5 décembre 1952 et le dirigeant national le martyr Lazhar Cheraiti – qui fait partie des plus importants commandants de terrain de la lutte armée – et qui a été exécuté en 1963 par le régime de Bourguiba.

La journée du 20 mars 1956 représente un changement dans la forme de l'occupation accablant notre peuple : d'une forme directe coloniale à une forme indirecte, par le biais d'un contrat ratifié avec une poignée d'agents et serviteurs de l'occupant –dans une interdépendance organique- afin de sauvegarder ses intérêts et ses privilèges et cela a été traduit dans le document du Protocole d'indépendance.

Afin de piller davantage les richesses du pays et appauvrir son peuple, l'Etat de la nouvelle colonisation a décidé de concentrer certaines industries manufacturières relatives essentiellement au phosphate et donc, est né le Groupement Chimique dans la ville de Gafsa et plus exactement dans la région de Mdhila et c'est ce qui a fait que cette ville et la région environnante se soient embourbées dans un milieu environnemental catastrophique où règnent la désertification, l'augmentation dévastatrice de la pollution de l'air en plus des différentes maladies allergiques et dermatologiques ainsi que les maladies incurables.

Le drainage de la nappe phréatique –résultat de la surexploitation de l'eau dans l'opération de lavage du phosphate- a lourdement touché le secteur de l'agriculture –d'une manière sans précédent- et ce au niveau du rendement et de la qualité, ce qui a poussé une multitude de petits agriculteurs à rejoindre les rangs des chômeurs en plus d'un mouvement de grande migration vers les autres villes.

En ce qui concerne la vie maritime, elle, aussi, a eu son lot de destruction massive à cause de la pollution environnementale particulièrement dans le golfe de Gabes – éloigné de 140 km de la région du Bassin minier – où toute forme de vie marine a été complètement éradiquée à cause de son utilisation en tant que déchet estuaire par les deux unités chimiques de Gabes et de Skhira, si bien que les petits marins se sont retrouvés marginalisés et sans revenus.

De son côté, le mouvement syndical minier a connu une période d'inertie depuis 1965 après que le pouvoir l'ait englobé sous couvert de la politique d'austérité et le renforcement des « plans de développement » et cette « politique de développement » impopulaire s'est étalée durant 18 longues années de (1956-1973) et les ouvriers n'y ont récolté que davantage de misère, de dénuement et de détérioration des conditions de santé et de sécurité professionnelle.

Vers la fin des années soixante-dix du vingtième siècle, la politique de fermeture des mines souterraines (Tunnel) et de leur remplacement par des sections de surfaces a été entamée à cause du coût élevé de leur exploitation et surtout à cause du coût humain vu qu'il ne passe pas un jour sans qu'il y ait des morts et des blessés en plus d'une faible organisation salariale qui ne s'appuie pas sur l'organisation des heures de travail contre un salaire fixe et une absence complète des droits et des règles de promotion professionnelle et de critères de production qui prennent en compte la valeur et la capacité de travail. Le fait est que l'ouvrier était réduit à remplir un nombre de voitures avec une pelle manuelle jusqu'à ce qu'il finisse son travail quotidien et cette pratique a été héritée de la période de l'administration coloniale et a perduré avec la nouvelle administration en lien avec les régimes tyranniques successifs et servant les intérêts des monopoles mondiaux : c'est la tyrannie dans ses pires manifestations.

Cette période s'est également caractérisée par une crise qui a étouffé la Tunisie et qui a mené à la promulgation d'une nouvelle politique économique appelée politique de « réforme structurelle » et ce programme s'est reflété sur le secteur minier ce qui a permis à la Compagnie des Phosphates de Gafsa de monopoliser, depuis 1976, les opérations de production et d'exportation et d'obliger des milliers d'ouvriers à partir en retraite anticipée en 1984 (près des deux tiers) et cette Compagnie a accumulé des gains énormes approchant les 3000 milliards de millimes tunisiens, ce qui équivaut à près du 1/8 du budget de l'Etat tunisien.

Les gouvernements successifs ainsi que la Compagnie de Phosphate de Gafsa ont continué, de manière brutale, le pillage des richesses souterraines et les agressions flagrantes à l'encontre de l'environnement naturel afin de remplir leurs obligations envers l'Union Européenne et servir les exigences de l'Organisation Mondiale du Commerce, ce qui a poussé à changer les moyens d'extraction sur les plans quantitatif et qualitatif, si bien que la détérioration de la réalité environnementale a doublé vu que le phosphate comprend un certain taux d'uranium radioactif qui se propage rapidement dans l'environnement et qui a touché grandement la santé des ouvriers, des agriculteurs, de leurs familles, de leurs terres et de tous les habitants menant à l'enregistrement d'un taux record de maladies cancéreuses avec un taux de 8/10 de décès chez les personnes atteintes de maladies incurables à cause de la destruction environnementale continue jusqu'à aujourd'hui. (Le gouvernorat de Gafsa est classé premier à l'échelle nationale en termes de personnes atteintes de cancer).

La région du Bassin minier est considérée comme l'une des régions les plus polluées en Tunisie et elle connait, durant cette période, une détérioration grave de la condition environnementale et de la pollution de l'air. Pour toute personne se promenant dans les avenues et les rues de la région, il est possible de remarquer les traces de cette pollution environnementale sur les visages des habitants de la région résultant principalement de la pollution de l'air que respirent les habitants, petits et grands. Certaines études, qui ont été faites à cet escient, montrent que les émissions de gaz des cheminées dans l'air contiennent du gaz de fluor à taux de 20mg/m3 donc le double de la quantité admise.

De là, il est possible d'imaginer la taille des dégâts environnementaux qui ont atteint la région. De même que la quantité de dioxyde de soufre (SO2) émise par les cheminées du Groupement chimique dans l'air est entre 12 et 15 kg/tonne d'acide sulfurique, ce qui est à peu près 6 fois la quantité admise et qui est estimée à 2.6 kg/Tonne d'acide sulfurique et c'est ce qui pousse à de multiples interrogations autour des effets néfastes qui ont touché l'environnement des villes du Bassin minier en général.

Outre ces émissions, il existe des déchets solides comme le phosphogypse qui est jeté dans la nature sans isolation pour protéger la nappe phréatique. En ce qui concerne les laveries de la Compagnie de phosphate, ces dernières utilisent des composantes chimiques différentes et nocives pour la santé de l'homme au cours des opérations d'extraction et de transformation du phosphate, comme le T.N.T explosif, les déchets du lavage du phosphate dans les bassins d'argile et qui passent, à leur tour, dans la nappe phréatique.

Parmi les dangers de cette pollution industrielle sur la santé, nous remarquons l'augmentation du nombre de personnes atteintes d'asthme, d'allergie oculaire et dermatologique, d'ostéoporose et aussi la propagation des maladies cancéreuses dans la région.

Nous remarquons également les effets de la pollution sur la faune et la flore, conséquemment à l'extinction d'un nombre d'arbres et la disparition d'animaux et d'oiseaux qui ont quitté la région et ont migré vers des régions plus pures et plus saines.

Dès le commencement du programme de réforme structurelle de 1958, l'Etat a délaissé son rôle social l'abandonnant à la Compagnie de Phosphate de Gafsa qui est rongée par la corruption administrative et financière et qui a fait de l'emploi un privilège afin de contenir la colère des tribus et des clans tout comme elle distribuait les postes de travail avec favoritisme et pot-de-vin tout en privant les catégories vulnérables et marginalisées, si bien que cela a doublé l'état de tension qui a fait exploser la situation à l'intérieur des villes et des villages du Bassin minier déclarant le début d'une révolte populaire qui a duré prés de six mois (la révolte du Bassin minier de 2008) et qui a vu tomber plusieurs blessés et martyrs en plus de l'incarcération de centaines de jeunes chômeurs et de syndicalistes dans les prisons ainsi que la déclaration de peines abusives allant jusqu'à 10 années d'emprisonnement et cette révolte a été le premier pieu cloué dans le cercueil du général Ben Ali.

La révolte du 17 décembre 2010 – 14 janvier 2011 a eu lieu, et le cœur du régime n'a pas changé et les régimes déloyaux se sont succédés au pouvoir préservant un plan de développement antipatriotique qui n'a cure des besoins et des revendications de la grande majorité du peuple tunisien pour une vie digne, tout en continuant à servir les intérêts impérialistes mondiaux et leurs agents locaux.